Excursions naturalistes dans le Morbihan


Si proche...

Le Morbihan est un département breton. C’est le golfe du Morbihan qui a donné le nom au département, Mor signifiant petite et bihan mer, c’est ainsi le seul département de France métropolitaine dont le nom est issu d’une langue régionale. Il s’agit d’une mer intérieure parsemée de 42 îles et d’îlots. D’une largeur de 20 km, ses plages offrent des lieux de nourrissages intéressants pour les oiseaux migrateurs pendant l’hiver. 

Le Morbihan est le département le plus boisé de Bretagne avec des résidus de la forêt de Brocéliande et possède 800 km de longueur de côte. Le climat y est tempéré de type océanique, les précipitations y sont abondantes.

5 jours pour 5 naturalistes aux alentours de Vannes

J’ai eu l’occasion de partir 5 jours (du 25 au 29 février 2020) avec 4 amis naturalistes (Guillaume Grège, Lucas Mallet, Mathilde Dano et Mathilde Vassenet) dans ce golfe. Nous étions à la recherche de tous types de taxons : oiseaux, amphibiens, reptiles, invertébrés, lichens dans les principales réserves du golfe (marais de Séné, Suscinio).

Mon objectif principal lors de ce séjour était l’observation du pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus). Cette petite grenouille « persillée » vit dans des milieux perturbés ou récents, elle est dite : espèce pionnière. Les marécages d’eaux saumâtres (un mélange d’eau salée et d’eau douce) présents le long de la côte offres des milieux intéressants pour cette espèce.

La Presqu’île de Conleau (Nord du golfe du Morbihan)

Le mardi, nous nous sommes arrêtés à la presqu’île de Conleau où la météo alternait entre la pluie et le soleil. Il s’agit d’une ancienne île, reliée artificiellement à la terre par une digue. Depuis le chemin, nous avons pu observer des oiseaux tel que des barges à queue noire (Limosa limosa) et le plongeon catmarin (Gavia stellata).

Sur la zone intertidale (zone de balancement des marées), des invertébrés marins étaient visibles à marée basse. Des mollusques comme les chitons étaient ventousés aux pierres. Un autre animal était quant à lui fixé sur un transplantoir rouillé par le sel marin : un cnidaire de la famille des Sagartiidés, l’anémone marguerite (Cereus pedunculatus). Après le reflux (jusant), un squelette de grand cormoran (Phalacrocorax carbo) gisait à la surface du substrat vaseux.

Le samedi matin, nous avons eu le droit à un grand soleil d’hiver. Avec Mathilde V. nous décidons d’aller photographier les lézards des murailles (Podarcis muralis) qui sont sortis d’hivernation pour se charger de chaleur. Nous avons marché sur quelques mètres avant qu’un chevalier aboyeur (Tringa nebularia) ne se pose en face de nous. Cet oiseau n’était pas farouche et nous a permis de réaliser des gros plans.

Les lézards des murailles, jeunes comme adultes, prenaient le soleil sur un mur au bord de l’eau. Les sauriens étaient postés près d’une anfractuosité pour s’échapper en cas de présence d’un prédateur ou d’un photographe trop « gourmand » qui cherche à faire des plans serrés. Certains mâles s’étaient déjà accaparés d’une femelle. On pouvait les observer avec une patte sur la femelle ou dans un trou non loin d’elle. Quelques mâles portaient également des ocelles bleus sur les flancs.

Les amphibiens de Locmariaquer (sud-ouest du golfe du Morbihan)

Quoi de mieux que d’explorer à 23h sous la pluie, un marécage du Morbihan où règne une odeur pestilentielle de matière organique en décomposition ?

Je pense que la réponse serait d’y trouver une population de petites grenouilles persillées appelées pélodytes ponctués (Pelodytes punctatus).

Nous avons pu observer le vendredi soir, à Locmariaquer, 2 tritons palmés (Lissotriton helveticus) femelles et un mâle en phase aquatique. Impossibles à photographier à cause de la turbidité élevée du marécage. C’est au retour que nous avons pu prendre quelques photos d’individus traversant la route. Un d’entre eux n’a pas eu la chance d’arriver jusqu’au milieu aquatique et a croisé la route d’une voiture…

À côté de la voiture, j’ai pu photographier une scène peu commune. En effet, un pélodyte ponctué était en train de manger une araignée du genre Leviellus. Pour avaler sa proie, le pélodyte s’aidait de ses pattes antérieures pour la pousser vers son œsophage lorsqu’il ouvrait ses mâchoires. Il utilisait également sa langue pour éviter qu’elle ne tombe. L’araignée ne bougeait pas et restait recroquevillée sur elle-même. Lorsque ses mâchoires étaient fermées, le pélodyte utilisait ses yeux pour la pousser.

D’autres individus ont également été contactés. Mathilde V. a pu trouver un petit bijou : un pélodyte vert brillant. Cette variation connue permet de constater des variations phénotypiques entre individus d’une même espèce.

Lorsque les pélodytes ponctués chantent, le son ne porte pas très loin. Ces anoures ont un chant qui se décrit traditionnellement comme deux boules de pétanque qui s’entrechoquent. Nous avons pu voir un mâle en train de chanter dans l’eau. Celui-ci s’était positionné à la verticale, ne laissant dépasser que sa tête de la surface de l’eau. Cette technique lui permettait probablement d’avoir une meilleure portée sonore en dirigeant le son sur les côtés.

Dans les marais de Séné (Nord du golfe du Morbihan)

Le jeudi, nous sommes allés aux marais de Séné qui sont classés en réserve naturelle nationale.

Après une petite marche, nous avons aperçu au loin une spatule blanche (Platalea leucorodia) se nourrissant au bord de l’eau. J’ai tenté une approche furtive avec Guillaume G. pour prendre quelques photos. Nous avons rampé jusqu’à une touffe de végétation au niveau de la berge avant de se faire repérer.

Sur le chemin du retour, les ajoncs étaient en fleur. Certains pollinisateurs étaient précoces et actifs sur les « inflorescences zygomorphes », typiques des Fabacées. Une abeille n’a pas échappé à nos objectifs photos. Malheureusement pour elle, une de ses antennes était manquante.

L’après-midi nous nous sommes rendus à la station d’épuration d’Ambon où s’était provisoirement installé un couple d’hareldes boréales (Clangula hyemalis). Nous avons rapidement trouvé ces oiseaux rarement observés dans nos contrées bretonnes. Le couple barbotait dans un bassin entouré d’ajoncs.

Dans les marais de Suscinio (Nord du golfe du Morbihan)

Le jeudi soir, après deux contrôles des gendarmes, nous sommes allés dans les marais de Suscinio à la recherche du fameux pélodyte ponctué. Une chose est sûre, ils étaient là et chantaient, mais il était très difficile de les voir. Ils nous ont mené en bateau pendant plus d’une heure avant que l’on ne puisse voir un individu. Aussitôt vu, aussitôt disparu dans les profondeurs de la roselière…

La star de la soirée était un mâle rainette verte (Hyla arborea) qui posait littéralement pour les photos ! Une observation intéressante au vu de la salinité de l’eau (présence de décapodes apparentés aux crevettes nageant dans l’eau), de la date (27/02/2020) et des conditions abiotiques : température de l’air de 3°C, une légère brise et une pluviométrie nulle.

Vendredi matin, le vent soufflait fort, le ciel était nuageux et malgré cela, les oiseaux étaient au rendez-vous. Bruant des roseaux (Emberiza schoeniclus), cisticole des joncs (Cisticola juncidis) et busard des roseaux (Circus aeruginosus) volaient dans les roselières.

Pendant ce séjour, nous avons pu observer 82 espèces d’oiseaux, 2 de lépidoptères, 7 d’amphibiens et 2 de reptiles. Une richesse spécifique relativement élevée pour cinq jours d’hiver dans le golfe du Morbihan.

Boisements et landes de Campénéac

Mi-mai, j’ai fait une sortie dans le Morbihan pour découvrir une propriété de 50 ha localisée à Campénéac. Elle est composée de parcelles de résineux, de chênes rouges d’Amérique et de lande. Les propriétaires ont pour projet d’augmenter sa biomasse et de favoriser la faune et la flore locale. Cette excursion n’était pas dédiée à la photo, ni à l’inventaire d’espèces. Cependant, j’ai pu m’attarder sur l’argus vert (Callophrys rubi) et le clyte bélier (Clytus arietis).


La galerie

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