La faune de Mayenne

En 2021, j’ai effectué mon service civique auprès de Mayenne Nature Environnement. J’étais sous la responsabilité de Magali Perrin, chargée de missions et coordinatrice scientifique.

Mes missions principales étaient de contribuer à l’amélioration des connaissances sur la distribution et l’écologie des amphibiens et des odonates en Mayenne (53). J’ai eu d’autres missions annexes au cours de cette expérience comme le suivi POPReptiles sur la réserve naturelle régionale des Bizeuls.

Cet article regroupe les excusions que j’ai pu faire en Mayenne et les photos que j’ai prises à cette occasion.

Le département de la Mayenne est plus vallonné que l’Ille-et-Vilaine, mais les paysages se ressemblent et je n’ai donc pas été dépaysé. Il présente une faible densité d’habitants et de zones artificialisées. Ce qui constitue un avantage pour la faune locale qui dispose d’espaces naturels ou du moins peu urbanisés. Le paysage est très agricole et a été marqué par le remembrement. J’ai pu constater que le département était davantage boisé dans le Nord, via les boisements d’exploitation et les haies bocagères. Les milieux aquatiques sont nombreux et diversifiés : fleuves (sources de la Vilaine et du Couesnon), rivières (Mayenne, Oudon…), ruisseaux, lacs, étangs, mares, marécages, tourbières…

À la recherche de la grenouille rousse (Rana temporaria)

Mes premiers jours étaient dédiés à la recherche des pontes de grenouilles rousses (Rana temporaria) dans le Nord de la Mayenne. J’ai choisi de prospecter les zones les plus propices, à savoir des forêts, boisements et bocages denses à proximité de cours d’eau ou de mares. 2021 fut une année particulière pour la reproduction des grenouilles rousses (R. temporaria). En effet, la Mayenne a subit un épisode neigeux la deuxième semaine de février et une vague de froid. Cette météo a été défavorable pour cette espèce qui avait déjà commencé sa reproduction. Elle a tout de même pu la reprendre quelques jours plus tard, avant de se terminer la deuxième semaine de mars.

La pluviométrie était très faible pendant le mois de février. Certaines pontes se retrouvaient en partie ou complètement à l’air libre. Il y a ainsi eu de nombreuses pertes dans les flaques ou les ornières où le niveau d’eau variait beaucoup. L’étalement de la période de reproduction m’a permis de photographier au même moment quelques amas de têtards au-dessus des pontes écloses.

Accompagné par Bastien Corniaux (merci de m’avoir accompagné dans le froid et sous la pluie !), j’ai choisi de prospecter quelques espaces classés « chemins de la nature » par Mayenne Nature Environnement dans le sud de la Mayenne et des forêts de l’Est de la Mayenne. Les sorties ont été de plus en plus intéressantes. Le but était d’observer et de photographier les grenouilles rousses (Rana dalmatina) adultes. Nous avons commencé par compter et déterminer les crapauds présents sur les routes et dans les fossés. Dans cette partie du département, nous n’avons observé que le crapaud épineux (Bufo spinosus). Certains individus étant difficiles à déterminer (absence d’épines), nous avons préféré les comptabiliser en « Bufo sp. ». Nous avons pu observer un amplexus et entendre les mâles chanter. Nous avons également entendu 3 espèces de rapaces nocturnes pendant ces nuits : la chouette hulotte (Strix haluco), la chouette effraie (Tyto alba) et la chevêche d’Athéna (Athene noctua).

Certains crapauds présentaient des particularités comme celui ci-dessus avec des tâches rouges et blanches. D’autres ont subit une tentative de prédation (patte antérieure gauche de l’individu en haut à droite), quand certains ont été victimes de la circulation. Nous avons noté qu’il y avait très peu d’individus morts par rapport au nombre d’individus vivants sur les routes. Le couvre-feu avoir été positif pour les amphibiens.

Censé être plus tardive que la grenouille rousse (Rana temporaria), la grenouille agile (Rana dalmatina) a commencé sa reproduction dès le mois de février en Mayenne et l’a étalée jusqu’à fin mars. Nous avons pu observer de nombreuses pontes, entendre quelques mâles chanter et voir une femelle adulte traverser la route.

C’est dans les flaques forestières que nous avons vu le plus de tritons palmés (Lissotriton helveticus). Nous en avons observé quelques dizaines dans certaines ornières. J’ai pu photographier une femelle en train de pondre dans la végétation aquatique (photo ci-dessous). Les tritons étaient souvent accompagnés par des larves de salamandres tachetées (Salamandra salamandra).

Il nous aura fallu deux sorties nocturnes pour observer nos premières grenouilles rousses adultes. Certains individus étaient en pleine reproduction alors que d’autres se contentaient de traverser la route sous le crachin. La plupart des adultes étaient très craintifs, seulement un nous a laissé le temps de le photographier dans l’eau. Photographier les amphibiens sur la route est toujours plus simple, les possibilités de fuites et les cachettes étant plus restreintes.

Lors de la troisième sortie, nous nous sommes fixés l’objectif de trouver des salamandres tachetées (Salamandra salamandra) adultes. Malgré des milieux très propices (forêts de feuillus) et des conditions météorologiques aux petits oignons (températures douces et pluie fine), il nous aura fallu quelques heures avant d’atteindre notre but. Le premier individu observé traversait une route pour changer de parcelle forestière. Les autres se trouvaient sur un sentier forestier. Les conditions étaient très favorables, mais nous n’avons contacté qu’une dizaine d’individus, bien loin de la centaine à laquelle je suis habitué en Ille-et-Vilaine (article ici).

Les excursions diurnes sont essentiellement dédiées aux pontes d’amphibiens, il tout de même possible de faire quelques belles observations. À Livet, j’ai pu photographier une grenouille agile (Rana dalmatina) en déplacement entre un boisement et une prairie. Un peu plus loin, c’était une collembole de la famille des Entomobryoidea que je prenais en photo au-dessus d’un amas de têtards de grenouille rousse (Rana temoraria).

Sorties nocturnes à la recherche d’autres espèces

J’ai accompagné Aurore Buret lors de ses prospections amphibiens sur des mares communales ou de compensation. Je recensai alors les amphibiens qui n’étaient pas présent dans ses zones d’étude et le reste de la faune nocturne. Les chevreuils européens (Capreolus capreolus) aboyaient, tandis que les trois espèces de chouettes de Mayenne criaient ou hululaient. L’effraie des clochers (Tyto alba) et la chouette hulotte (Strix aluco) sont les plus communes. J’ai pu entendre une dizaine de fois la chevêche d’Athéna (Athene noctua). Au début du mois de mars, nous avons fait peu d’observations. Une petite surprise fut la présence d’une rainette verte (Hyla arborea) dans une mare.

Nous avons pu observer d’autres espèces comme le crapaud épineux (Bufo spinosus) aux grottes de Saulges, le triton crêté (Triturus cristatus) (un individu mort dans une ornière malheureusement) et le triton alpestre (Ichthyosaura alpestris) (un qui mâle sortait d’une mare forestière).

Après une sortie avec Aurore, je me suis rendu à Maisoncelles-du-Maine pour essayer de photographier le pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus). J’ai été bien servi avec quelques individus présents sur la route. Les chants portaient bien et ressemblent au son de boules de pétanque qui s’entrechoquent. C’est un petit anoure que j’aime beaucoup. Notez sur le gros plan sa pupille en forme de goutte d’eau retournée.

Les amphibiens sont nombreux sur les routes et traversent les infrastructures routières lors des migrations vers les sites de reproduction.

Lors d’une sortie en forêt de Mayenne avec ma tutrice, Magali Perrin, j’ai pu voir mes premiers tritons marbrés (Triturus marmoratus) mayennais ! Ils ont été capturés et examinés avant d’être relâché dans leur mare. Cette mare a été créée quelques mois avant l’observation. Elle a rapidement été colonisée par quelques amphibiens. Les tritons palmés (Lissotriton helveticus) et les salamandres tachetées (Salamandra salamandra) étaient les plus nombreux.

En outre, nous avons pu voir des dizaines de grenouilles rousses (Rana temporaria) adultes dans les flaques d’eau. Une chance de pouvoir en observer à cette époque ! Elles n’étaient pas en reproduction et s’immergeaient probablement à cause des dernières semaines qui ont été particulièrement sèches.

Le crapaud calamite (Epidalea calamita) en Mayenne

Découverte d’une nouvelle population à Ballots

Lors d’une sortie amphibiens avec Aurore sur la commune de Ballots, nous avons entendu au loin des crapauds calamites (Epidalea calamita) chanter ! Une réelle surprise puisque seulement 2 stations sont connues en Mayenne à Saint-Pierre-la-Cour et à Voutré. Nous avons pu localiser le lek (groupe de mâles chanteurs) à plus de 1,7 kilomètres d’où nous les avions entendus la première fois. La population comptabilise au moins 34 individus se reproduisant dans une mare temporaire. Cet amphibien est une espèce que j’avais déjà observée et photographiée pendant mon stage dans le Forez (lien de l’article ici).

Vous trouverez plus de détails sur cette découverte dans une publication qui sera bientôt publié 😉

Suivi de la population de la carrière Lafarge Ciments à Saint-Pierre-la-Cour

La carrière Lafarge Ciments à Saint-Pierre-la-Cour accueille l’une des dernière et plus grande population de crapaud calamite (Epidalea calamita) de Mayenne. J’ai pu y faire de nombreuses sorties dédiés à l’espèce avec Magali. Nous avons pu voir les individus en reproduction dans le fond de fosse et sur de nouvelles zones compensatoires aménagées pour l’espèce. Les premières excursions nocturnes se sont déroulées à la fin du mois d’avril.

Epidalea calamita

J’ai pu prendre un bon nombre de photos, dont certains mâles avec le sac vocal déployé. L’un d’entre eux s’est même montré combatif en s’approchant de ma main posée au sol et en me faisant face tout en reprenant son chant. Une scène assez marrante au vu de sa taille réduite.

Dans les mares, il y avait quelques pontes et de jeunes têtards de crapaud calamite et d’autres espèces…

Lors de ces sorties nocturnes, je voulais surtout voir et photographier une espèce à laquelle je suis particulièrement attaché : l’alyte accoucheur (Alytes obstetricans). J’ai pu photographier un adulte très foncé lors de la deuxième nuit ! Je n’ai pas réussi à en trouver d’autres après… Les mâles chantaient et ils étaient bien cachés ! Les conditions météorologiques n’étaient pas très propices avec du vent et une faible humidité de l’air.

J’ai pu voir d’autres espèces, comme le pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus), une grenouille rieuse (Pelophylax ridibundus) et d’autres grenouilles du genre Pelophylax. Sur la dernière photo sa tête a l’air énorme par rapport à son corps. Cela s’explique par un effet d’optique lié à l’air et à l’eau (réfraction de la lumière).

La dernière excursion nocturne dans le fond de fosse m’a permis d’observer le dernier pi de reproduction des crapauds calamites (Epidalea calamita) de la carrière Lafarge. Les individus reproducteurs étaient plus petits et plus colorés que ceux des premières vagues de reproduction.

Les grenouilles rieuses (Pelophylax ridibundus) étaient également au rendez-vous. Elles chantaient fort le long des berges des mares du fond de fosse. Certains spécimens arboraient les couleurs du substrat et étaient donc particulièrement bien camouflés.

La plupart des têtards de pélodyte ponctué (Pelodytes punctatus) avaient terminé leur métamorphose. Quelques juvéniles ont pu croiser mon appareil photo. La reproduction n’était cependant pas terminée. En effet, quelques mâles chantaient encore.

J’avais très envie de voir et photographier l’alyte accoucheur (Aytes obstetricans). J’ai eu la chance de voir un adulte. Je n’ai pas réussi à trouver de mâle portant des oeufs.

Certaines excursions sont diurnes et se déroulent sur les zones de compensation. Nous avons disposé des plaques en caoutchouc (tapis de carrière) afin d’inventorier les crapauds calamites (Epidalea calamita) en journée. Le succès n’est pas au rendez-vous avec seulement 3 crapauds observés. J’ai cependant trouvé deux alytes accoucheurs (Alytes obstetricans) sous une plaque collés l’un à l’autre, plutôt mignon 🙂

Suivi de la population de la carrière de Voutré

Ci-dessous un spécimen de la dernière population de crapaud calamite (Epidalea calamita) que je n’avais pas encore observé. Cette observation a été tardive et s’est faite lors de la dernière visite sur le site. Elle a permis de reconfirmer la présence de l’espèce sur le site et sa reproduction. Un alyte accoucheur (Alytes obstetricans) s’est même montré pour une séance photo !

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